Mon avis sur l'énergie nucléaire

By Antimuonium

Published on Sunday, January 30, 2022 at 3:37 AM

Modified on Friday, April 15, 2022 at 1:18 AM

L'énergie nucléaire fait très régulièrement l'objet de débats. Il est important de rappeler que la France est le troisième pays du monde en termes de production d'énergie nucléaire (en 2020) et le premier en termes de part d'électricité provenant du nucléaire (Ritchie & Roser, 2020c).

Cet article ne se focalise que sur l'utilisation d'énergie nucléaire pour produire de l'électricité en France via la fission nucléaire, la fusion n'étant pas encore assez développée.

Qu'est-ce que l'énergie nucléaire ?

Note : je simplifie de manière volontaire cette section car ce n'est pas le sujet principal de cet article. Pour plus d'informations, voir l'article sur le sujet.

Les principaux combustibles utilisés dans les centrales nucléaires sont l'uranium et le plutonium. Ils contiennent plusieurs centaines de nucléons « collés » les uns aux autres, ce qui fait qu'ils sont assez instables. Lors de l'impact avec un neutron, ces gros noyaux ont la particularité de se « casser » en plusieurs morceaux. La figure suivante montre une des réactions possibles : l'uranium 235, suite à l'impact avec un neutron, se « casse » en strontium 94, en xénon 139 et en 3 neutrons.

Schéma de la fission de l'uranium 235 en strontium 94 et xénon 139
Figure 1 : Exemple d'une réaction de fission nucléaire

Cette réaction a la particularité de libérer énormément d'énergie. Celle-ci peut être estimée grâce à la fameuse équation d'Albert Einstein : $E=mc^2$.

Cette énergie est ensuite utilisée pour faire tourner une turbine, qui va produire de l'électricité.

Le mix électrique français

Le terme de mix électrique désigne la répartition des sources d'énergie dans la production d'électricité. En 2020, le mix électrique français était le suivant.

Source d'énergie
Production électrique (en GWh)
Part du total (%)
Charbon 5 067 0,95 %
Pétrole 5 266 0,99 %
Gaz naturel
35 203 6,61 %
Biomasse 6 496 1,22 %
Nucléaire 353 833 66,46 %
Hydraulique 66 708 12,53 %
Géothermie 128 0,02 %
Solaire photovoltaïque
13 579 2,55 %
Éolien 40 704 7,64 %
Marée 482 0,09 %
Déchets 4 461
0,84 %
Autres 508 0,10 %
Total 532 435 100 %

Table 1 : Mix électrique français en 2020 (IEA, 2021)

Le nucléaire représente plus de 66 % de l'électricité produite, taux le plus fort du monde (Ritchie & Roser, 2020c). Viennent ensuite l'hydraulique et l'éolien, deux énergies renouvelables.

Une source d'énergie est usuellement considérée comme renouvelable si son renouvellement est assez rapide à l'échelle humaine. Par exemple, l'énergie hydraulique est renouvelable en raison du cycle de l'eau. D'autres sources d'énergie comme le charbon, le pétrole ou le gaz naturel se renouvellent mais ne sont pas renouvelables, car ces processus prennent des millions d'années, ce qui est très grand devant l'échelle humaine (une centaine d'années). L'énergie nucléaire n'est pas considérée comme renouvelable.

L'intérêt d'utiliser des énergies renouvelables est de pouvoir produire de l'énergie de manière durable, sans crainte raisonnable que la source d'énergie ne s'épuise.

Le besoin de s'affranchir des énergies fossiles

Cette section se focalise sur le charbon, le pétrole et le gaz naturel. Ces trois types d'énergie, fossiles par excellence, ont de nombreux désavantages :

  • L'épuisement des ressources.
  • La dégradation des écosystèmes lors de l'extraction.
  • Les émissions de gaz à effet de serre lors de leur cycle de vie complet (extraction, utilisation), ce qui amplifie le phénomène de réchauffement climatique.
  • Les émissions de polluants atmosphériques pouvant entraîner des problèmes sanitaires. Le charbon a le plus d'impact sanitaire, avec entre 24 et 33 morts par MWh produit. Viennent ensuite le pétrole (18 morts par MWh produit), la biomasse (5 morts par MWh produit), le gaz (3 morts par MWh produit) et le nucléaire et les autres énergies renouvelables (proche de 0 morts par MWh produit) (Ritchie & Roser, 2020c).
Figure 2 : Centrale thermique à charbon de Cordemais (Loire-Atlantique)

Depuis plusieurs années, un réel besoin de s'affranchir de ces types d'énergies se fait ressentir, au profit de méthodes moins polluantes. La France a grandement réduit l'utilisation de charbon et de pétrole, mais pas de gaz naturel, au profit du nucléaire et des énergies renouvelables (Ritchie & Roser, 2020b).

Les avantages de l'utilisation du nucléaire

L'énergie nucléaire a d'irréfutables avantages.

Une énergie décarbonée

Contrairement aux énergies fossiles, la production d'électricité par nucléaire n'émet pas directement de gaz à effet de serre (notamment le CO2). En effet, les réactions de combustion complète produisent en général du dioxyde de carbone et de l'eau. Les réactions nucléaires, comme vu ci-dessus, ne produisent pas de dioxyde de carbone. Elles produisent de la vapeur d'eau (H2O) lors de leur refroidissement (la « fumée » que l'on voit s'échapper des grosses tours des centrales nucléaires n'est que de la vapeur d'eau). Il est à noter que la vapeur d'eau est également un gaz à effet de serre, mais n'est en général pas considéré, pour plusieurs raisons non évoquées ici.

L'émission de gaz à effet de serre (en CO2 équivalent) des différents moyens de production d'électricité sont résumés dans le tableau suivant, selon l'Agence de la transition écologique (ADEME, 2019) et Our World In Data (Roser, 2020).

Moyen de production
Émissions de GES (ADEME)
Émissions de GES (OWID)
Charbon 1,06 0,820
Pétrole 0,73 0,720
Gaz 0,418 0,490
Nucléaire 0,006 0,003
Hydraulique 0,006
0,034
Éolien terrestre
0,0141 0,004
Éolien en mer
0,0156 /
Photovoltaïque 0,0252 0,005
Géothermie 0,045 /
Biomasse / 0,230

Table 2 : Émissions de gaz à effet de serre des différents moyens de production d'électricité d'après l'ADEME (2019) et Our World In Data (Roser, 2020) en kg CO2e/kWh d'électricité produite

Notes : le photovoltaïque est supposé produit et utilisé en France dans le tableau ci-dessus. La valeur maximale est considérée pour la biomasse. De plus, les données de l'ADEME relatives au charbon, pétrole, gaz et nucléaire ne prennent en compte que les émissions liées à l'amont (extraction, transport...) et à la combustion tandis que celles relatives aux énergies renouvelables prennent en compte l'ensemble du cycle de vie (fabrication, installation, utilisation, maintenance, désinstallation et fin de vie).

Une énergie sûre

Comme déjà évoqué ci-dessus, l'énergie nucléaire permet d'éviter un grand nombre de décès comparé aux énergies fossiles. Le calcul des décès liés à l'énergie nucléaire provient majoritairement des accidents de Tchernobyl (Ukraine) en 1986 et de Fukushima (Japon) en 2011.

Une énergie pratique

  • que l'on peut produire quand on veut, sans dépendre de facteurs externes comme la météo

L'utilisation du nucléaire ne vient pas sans une certaine praticité. Il offre notamment la possibilité de produire en masse de l'énergie.

De plus, sa production dépend peu de facteurs externes tels que la météo ou l'heure de la journée. Les énergies fossiles possèdent la même caractéristique. Cela constitue un avantage par rapport à une partie des énergies renouvelables comme l'éolien ou le solaire qui nécessitent respectivement du vent et du soleil.

La fusion nucléaire, une perspective d'avenir ?

J'aimerais juste dire un petit mot sur la fusion nucléaire. Je ne vais pas m'étendre sur le sujet car ce n'est pas le but, mais il est intéressant de le mentionner.

La fusion nucléaire peut être considérée comme l'inverse de la fission nucléaire : au lieu de « casser » un gros atome, on fusionne plusieurs petits noyaux stables (notamment du deutérium et tritium, isotopes de l'hydrogène). Ces réactions sont possibles car il s'agit des réactions se déroulant continuellement au cœur de notre Soleil. Cela libère des énormes quantités d'énergie.

Schéma de la fusion du deutérium et du tritium en hélium 4
Figure 3 : Réaction possible de fusion nucléaire

Nous ne possédons en revanche pas encore la capacité de réaliser ces réactions à une échelle commerciale. Notamment, ces réactions se produisent à des températures très élevées, de l'ordre de quelques dizaines voire centaines de millions de degrés Celsius. Divers projets sont actuellement en fonctionnement, notamment le projet ITER. Un récent article du New York Times indique, en s'appuyant sur les travaux de plusieurs scientifiques, qu'il est « très probable que cela fonctionne » (Fountain, 2020).

Les inconvénients à l'utilisation du nucléaire

En revanche, il est également irréfutable que le nucléaire pose des problèmes.

Coûts de construction et d'opération

Même si la production de masse est aisée, les coûts liés à la construction d'une centrale sont énormes, étant donné tous les composants, les mécanismes de sécurité, l'aménagement nécessaire, etc. Les coûts d'opération (employés, maintenance, combustibles) sont négligeables devant les coûts de construction.

La figure suivante montre le prix de construction lié à chaque source d'électricité et leur évolution en 10 ans, en incluant les énergies renouvelables.

Figure 4 : Le prix de construction liés aux différentes sources d'électricité (Roser, 2020)

Les données concernent les Levelized Costs of Energy (LCOE), en français « coûts actualisés de l'énergie ». Ils correspondent au prix complet de l'électricité (au MWh) sur toute la durée de vie de l'équipement qui la produit (investissement initial, coûts de fonctionnement, de combustible, de maintenance, de fin de vie). Il s'agit donc d'un indicateur fiable et utile. En effet, il permet une juste comparaison du coût de toutes les sources d'énergie sur une base cohérente, et non pas en sortie immédiate d'un système de production dont la méthode de calcul peut largement varier d'une source à l'autre en raison de ses propriétés. On peut aussi voir le LCOE comme le prix minimal auquel l'électricité devra être vendue aux utilisateurs afin d'atteindre la rentabilité sur toute la durée de vie du projet.

On remarque une baisse fulgurante des prix liés aux énergies renouvelables ces 10 dernières années ($-89\;%$ pour le solaire photovoltaïque et $-70\;%$ pour l'éolien terrestre). Il y a 10 ans, ceux-ci étaient supérieurs aux prix d'énergies fossiles. Le solaire photovoltaïque et l'éolien terrestre ont désormais des coûts bien inférieurs aux énergies non renouvelables. Cela dépend en revanche du type de technologie. Les technologies moins matures comme l'hydrolien marin ou le solaire thermodynamique (cylindro) n'en sont pas encore à ce stade.

L'ADEME a également publié des chiffres sur les énergies renouvelables en 2016 (ADEME, 2016).

Figure 5 : Coûts complets de production des différentes énergies renouvelables en France (ADEME, 2016)

Extraction des réactifs

La phase en amont de l'arrivée en centrale nucléaire est séparé en plusieurs étapes : extraction, conversion, enrichissement et fabrication. Ces étapes contiennent de nombreux procédés complexes.

Extraction de l'uranium naturel et transport

Une fois qu'un gisement d'uranium est repéré, le site doit être préparé. L'uranium naturel est extrait sous forme de minerai. À l'issue de divers procédés, il est transformé en « yellowcake » (uranium concentré). Une fois le gisement épuisé, le site est abandonné.

Les mines d'uranium se situent majoritairement au Kazakhstan, Australie et Namibie. La France a arrêté depuis de nombreuses années la production d'uranium. Parmi les pays exportateurs d'uranium, aucun n'est situé en Europe (World Nuclear Association, 2021).

Pays exportateur
Production en 2011 (t)
Production en 2020 (t)
Kazakhstan19 45119 477
Australie5 9836 203
Namibie3 2585 413
Canada9 1453 885
Ouzbékistan (est.)
2 5003 500
Niger4 3512 991
Russie2 9932 846
Chine (est.)
8851 885
Ukraine890744
Inde (est.)
400400
Afrique du Sud (est.)
582250
Iran (est.)
071
Pakistan (est.)
4545
Brésil26515
États-Unis1 5376
République tchèque
2290
Roumanie770
France60
Allemagne510
Malawi8460
Total53 49347 731
% de la demande mondiale
87 %74 %

Table 3 : Production d'uranium dans le monde selon le pays (en tonnes d'uranium) (World Nuclear Association, 2021)

Comme pour toute mine, l'environnement est dégradé par les diverses opérations d'extraction de l'uranium, notamment la destruction des écosystèmes. Les résidus miniers abandonnés en surface contiennent encore de grandes quantités de radioisotopes. Lorsqu'exposé aux éléments (pluie, vent, ruissellement...), des particules radioactives sont transportées dans l'eau, l'air, les sols, et finissent par nous toucher. Les résidus miniers constituent la source la plus importante d'exposition aux radiations pour l'ensemble du cycle d'exploitation de l'énergie (Birraux, 1996).

Il est également utile de rappeler que l'uranium n'est pas considéré comme renouvelable. L'épuisement des ressources naturelles est un facteur à prendre en compte, bien que les réserves soient encore conséquentes.

Les différents impacts environnementaux (rejets atmosphériques, déchets liquides ou solides), qu'ils soient directs ou indirects, exposent l'environnement dans son entier à la radioactivité, ce qui peut entraîner une contamination radioactive. Celle-ci peut être aiguë ou chronique. Le radon est la principale source d'inquiétude car il s'agit d'un gaz incolore et inodore qui peut se propager sur de longues distances.

Le traitement de l'uranium a lui aussi des impacts environnementaux négatifs, notamment par l'utilisation de certains produits comme l'acide sulfurique ou les métaux lourds.

Des études ont montré que l'impact sur l'environnement est relativement faible, d'autres affirment le contraire. Il est à noter que les pays exportateurs n'ont pas tous les mêmes contraintes réglementaires que celles fixées en Europe ou en France, et qu'une partie non négligeable de ces pays sont considérés comme « en voie de développement ». L'exploitation de ressources naturelles dans des pays en voie de développement et à l'autre bout du monde pour des pays dits « développés » est-elle éthique ?

De plus, une production non nationale, encore moins non européenne, ajoute beaucoup d'incertitude, augmente la dépendance et réduit la robustesse et la résilience du système. Que se passera-t-il si le Kazakhstan décide de ne plus exporter ? Ou d'augmenter les prix ? Ou si le transport est perturbé (grèves, problèmes climatiques, de guerre...) ?

Conversion

L'uranium, concentré sous forme d'octaoxyde de triuranium (O3U8) dans le yellowcake, doit être transformé en hexafluorure d'uranium (UF6) afin de pouvoir être enrichi. Ce dernier est radioactif, hautement toxique et réagit violemment avec l'eau (INERIS, 2016).

Enrichissement

Avant de pouvoir être utilisé dans les centrales nucléaires, l'hexafluorure d'uranium doit en général être enrichi, c'est-à-dire l'augmentation de la proportion de l'isotope d'uranium que l'on souhaite (usuellement l'uranium 235), de moins d'1 % à 90 %.

Fabrication du combustible

Cette étape a pour but de donner aux matières nucléaires la forme physico-chimique adéquate.

L'impact sur l'environnement existe à travers toutes ces étapes, qui contiennent de nombreux procédés chimiques complexes et dangereux, ainsi qu'à travers les produits employés, l'énergie et l'eau nécessaires, etc. Il en est de même pour la phase d'opération, avec notamment la nécessité de grandes quantités d'eau pour refroidir le réacteur, phénomène potentiellement problématique dans un contexte de manque d'eau dans certaines régions et du réchauffement climatique.

Risques

Accident nucléaire

Le risque nucléaire est au cœur de toutes les discussions relatives au nucléaire.

Deux principaux accidents nucléaires ont marqué les esprits et sont considérés comme « majeurs » : la catastrophe de Tchernobyl (Ukraine) en 1986 due à des erreurs humaines, et celle de Fukushima (Japon) en 2011 due à un tsunami. La plupart des accidents nucléaires se sont produits dans la deuxième moitié du XXe siècle. Deux seulement sont arrivés au XXIe siècle : en 2006 en Belgique due à une erreur humaine et Fukushima.

Le risque nucléaire, bien que faible, n'est pas nul. En dépit des mesures de sécurité mises en place, le risque zéro n'existe pas. Un risque est en général évalué en fonction de sa probabilité et de la gravité de ses conséquences. Un accident nucléaire est très peu probable mais a des conséquences très importantes (qu'elles soient sanitaires, économiques, politiques, environnementales ou sociales).

Récemment un cadre de la centrale nucléaire du Tricastin (Drôme) porte plainte contre EDF, l'accusant ainsi de « mise en danger de la vie d'autrui ». Il accuse sa direction d'avoir dissimulé plusieurs incidents de sûreté à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), arguant que les moyens humains et matériels étaient loin d'être suffisants face à l'enjeu. Ces incidents se produisent dans un contexte de la visite décennale d'une des plus vieilles centrales nucléaires de France. Il évoque également les ordres de sa hiérarchie de dissimuler ou de minimiser des incidents, ainsi que des représailles (Mandard & Mouterde, 2021).

Le début de l'année 2022 est également marqué par un problème de corrosion sur le système de sécurité de plusieurs réacteurs nucléaires. Cet événement a entraîné l'arrêt de 10 réacteurs sur 56, c'est-à-dire une perte de 20 % des capacités de production et une hausse des prix dans une période de haute consommation due à la baisse des températures (Sciences et Avenir & AFP, 2022).

Terrorisme nucléaire

Le terrorisme nucléaire est un risque supplémentaire engendré par l'utilisation du nucléaire en France. Il peut prendre plusieurs formes :

  • l'attaque ou la volonté d'attaque d'une centrale nucléaire ou d'un lieu de stockage de produits nucléaires ;
  • le détournement des matériaux lors de leur transport ou stockage dans un but d'attaque de personnes par exemple.

Traitement ou rejet des produits

Une fois les réactions nucléaires terminées, il est nécessaire de traiter et de gérer les produits de ces réactions.

Entreposage

En sortant du réacteur, les produits sont fortement irradiants et dégagent une chaleur importante. Ils doivent donc être stockés le temps que la plupart des produits de fission responsables et ayant une durée de vie relativement faible disparaissent.

Ils sont stockés dans une « piscine » remplie d'eau, qui a des propriétés de radioprotection et de dissipation thermique. Ce procédé va durer quelques années (ANDRA, 2018), le temps que les isotopes dont la durée de vie est inférieure se dissipent. Le krypton 85, le strontium 90 et le césium 137 ont par exemple des périodes de décroissance de 11, 28 et 30 ans, respectivement.

Traitement

La matière obtenue en sortie est en partie valorisable (notamment uranium faiblement enrichi et plutonium). Elle contient également les produits de fission cités ci-dessus. La phase de traitement du combustible usé a pour but de séparer les matières valorisables et les déchets. Les matières valorisables seront réutilisées.

Avant d'être traité, le combustible doit être transporté de la centrale jusqu'à une usine de traitement. En France, la plupart sont envoyés vers l'usine de retraitement de la Hague (Manche).

Entreposage des déchets

Les déchets du procédé de traitement (produits de fission notamment) sont stockés le temps d'avoir une solution définitive d'évacuation. Ils sont conditionnés puis entreposés dans des puits ventilés à l'usine de la Hague (en surface ou dans le sol) pendant une centaine d'années. Cela permet aux isotopes radioactifs de décroître, ce qui réduit l'irradiation et la chaleur dégagée, phénomène accentué par des procédés de convection naturelle ou forcée. La matière est ensuite plus facile à manipuler et moins contraignante. Bien que théoriquement temporaire, ce stockage constitue à l'heure actuelle le terminus des déchets radioactifs, en attente de décisions de sa destination terminale.

Stockage définitif

Trois solutions de stockage définitif sont possibles :

  • L'immersion en mer interdite par la Convention de Londres en 1993.
  • Le stockage en surface. Les déchets radioactifs dont la radioactivité est très faible, faible ou moyenne à vie courte sont conditionnés dans des conteneurs métalliques (1/5 de déchets radioactifs et 4/5 d'enrobage). Ils représentent 90 % du volume de l'ensemble des déchets.
  • Le stockage en couche géologique profonde ou enfouissement pour les déchets radioactifs de haute et moyenne activité à vie longue (durée de demi-vie supérieure à 31 ans et pouvant atteindre plusieurs de centaines de siècles). Ceux-ci sont conditionnés puis disposés dans des ouvrages souterrains adaptés situés à grande profondeur afin d'éviter les risques en situation normale ou dégradée. Une couche souterraine de roches joue le rôle de coffre-fort. De nombreux pays étudient cette possibilité, notamment la France avec son projet Cigéo dans l'est de la France (dont le coût varie entre 15 et 36 milliards d'euros).

Inconvénients

Outre les impacts environnementaux et le coût de chaque procédé (procédés lourds et complexes, utilisant beaucoup d'énergie, d'eau, de matières premières, etc.) et du transport, on peut citer le risque nucléaire lors du transport, du traitement et de l'entreposage.

Le stockage en couche géologique est loin d'être une solution éthique et durable.

La France envoie ses déchets nucléaires en bateau jusqu'en Russie. Ceux-ci se retrouvent à proximité immédiate d'habitations (Greenpeace, 2021).

Arrêts

Les réacteurs nucléaires sont fréquemment arrêtés afin de procéder à leur rechargement ou à leur maintenance.

L'arrêt d'un réacteur, temporaire ou non, n'est pas immédiat. De grandes quantités de chaleur résiduelles sont encore présentes. Le tableau ci-dessous montre une estimation de la chaleur résiduelle avant et après l'arrêt de deux réacteurs à eau pressurisée, de respectivement 900 et 1 300 MWe (mégawatt électrique).

InstantREP 900REP 1 300%
Avant l'arrêt
2 700 MW3 900 MW100 %
Après 1 seconde
190 MW270 MW7 %
Après 1 minute
135 MW195 MW5 %
Après 1 heure
40 MW58 MW1,50 %
Après 1 jour
16 MW24 MW0,60 %
Après 1 semaine
8 MW12 MW0,30 %
Après 1 mois
4 MW6 MW0,15 %

Table 4 : Puissance thermique typique dégagée avant et après l'arrêt du réacteur (van Minh, 2012)

Démantèlement

Le démantèlement nucléaire implique l'arrêt total et définitif de l'exploitation, la démolition des bâtiments, des mesures de protection des personnes intervenant sur le site, le confinement, le conditionnement, l'évacuation des déchets radioactifs ou dangereux, et le traitement des contaminations accidentelles et indirectes.

Le coût de démantèlement d'une centrale nucléaire est estimé à une grosse dizaine de milliards d'euros (Goua, 2011), bien qu'EDF affirme que cette somme est très supérieure aux valeurs maximales estimées par EDF. En raison du manque de nombreux cas passés (retour d'expérience), le coût total reste mal cerné.

De plus, la durée de démantèlement d'une centrale est estimée à 30 ans, de l'arrêt du réacteur à la remise en état du site, c'est-à-dire à environ la durée de vie estimée d'une centrale lors de sa construction.

Les phases de construction et de démantèlement posent là encore des problèmes sanitaires et environnementaux durant ces trois décennies.

Mon avis

Je tiens tout d'abord à dire que les paragraphes suivants concernent mon avis uniquement. Je ne m'attends pas à ce que vous soyez d'accord avec moi (je m'attends plutôt au contraire). J'exprime mon avis, c'est tout. Je ne dis pas que j'ai raison, je suis ouvert aux discussions.

Je pense que si l'on plaçait les différentes sources d'énergie sur une échelle, on aurait unanimement les énergies fossiles du côté des « mauvaises » énergies (impacts environnementaux et sanitaires notamment), les énergies renouvelables plutôt du côté des « bonnes » énergies, et l'énergie nucléaire entre les deux. Pour moi, le nucléaire n'est pas clairement d'un côté comme c'est le cas pour les autres types d'énergie (à divers degrés), d'où l'intensité et la variété des opinions sur le sujet.

Justification

Comme vous l'avez sûrement deviné, je ne suis pas spécialement favorable au nucléaire. Je ne pense pas pour autant que ce soit le diable. Voici mes principales raisons (un peu plus détaillées que les inconvénients ci-dessus) :

  1. Ce n'est pas parce que le risque est très faible qu'on doit le négliger, surtout au vu des (très) longues périodes de manipulation. Le risque est largement accentué en cas de prolifération de centrales nucléaires. De manière générale, un risque est caractérisé par sa probabilité et sa gravité (l'étendue des conséquences). Le risque nucléaire est souvent considéré comme un risque ayant une probabilité très faible, mais avec une gravité très forte. On pourrait le comparer à un tsunami arrivant en France, ou à l'arrivée d'un virus qui en quelques semaines atteint tous les pays du monde... Ces phénomènes rares peuvent arriver.
  2. La production d'énergie nucléaire n'est pas durable. L'extraction de grandes quantités de matières premières dans des pays à l'autre bout du monde, le transport sur de grandes distances, le stockage durant des décennies, et éventuellement la mise sous terre des déchets que l'on ne veut plus... On pourrait aisément faire cela avec tous les déchets qui nous embêtent aujourd'hui. À quoi bon recycler le plastique si l'on peut creuser un gros trou dans le sol pour le balancer et reboucher ensuite le trou, en espérant que ça ne nous retombe pas dessus ? Ah pardon ! c'est exactement ce que l'on fait depuis plusieurs dizaines d'années dans les décharges et on se rend compte que ce n'est pas viable. Une autre possibilité peut être d'envoyer nos déchets dans l'espace, là où ils ne nous gêneront plus. Ce n'est pas assez d'abîmer notre belle planète, il faut maintenant dégrader le Système solaire. Désolé pour ce passage assez direct, mais j'ai l'impression que l'on reproduit les mêmes erreurs qu'auparavant.

Il est aussi bon de rappeler que ce n'est pas parce que l'on a la volonté de maîtriser la fusion qu'il faut faire de la fission. On peut très bien utiliser des énergies renouvelables et utiliser la fusion une fois maîtrisée.

Quel mix énergétique dans le futur ?

Si l'utilisation de l'énergie nucléaire n'est pas durable, que les énergies fossiles ne sont pas une solution, que faire ?

Comme vu précédemment, les énergies renouvelables sont de plus en plus compétitives : elles sont décarbonées, sûres et ont un coût raisonnable voire faible.

Elles ont cependant deux principaux problèmes :

  1. Elles ont du mal à être étendues à grande échelle. Les pays nordiques sont un bon exemple de réussite : le Danemark a réduit drastiquement l'utilisation de ressources fossiles au profit d'énergies renouvelables. Ce pays adopte une approche holistique et utilise les liens entre eau, énergie et nourriture. La Norvège, quant à elle, produit plus de 90 % de son électricité à partir de l'énergie hydraulique, et plus de 98 % à partir d'énergies renouvelables (Ritchie & Roser, 2020a). Il n'est donc plus seulement théorique d'utiliser quasiment uniquement des énergies renouvelables pour produire son électricité, même à l'échelle d'un pays.
  2. Elles peuvent être dépendantes de facteurs externes comme le vent (éolien) ou la puissance solaire reçue (solaire). L'énergie hydraulique et la biomasse sont davantage pilotables. De plus, le stockage par batteries peut être une solution, bien que des défis persistent, notamment les besoins en matières premières des batteries. Il est également possible de stocker l'énergie électrique sous une autre forme que l'énergie chimique : l'énergie potentielle, via les stations de transfert d'énergie par pompage (STEP).

Le problème peut redevenir local, en produisant de l'électricité à l'échelle d'un logement ou d'une communauté, avec des panneaux solaires ou des éoliennes par exemple. Cela permet une prise en compte et une sensibilisation de la population.

Cela est très important dans une optique de réduction des besoins. Il est évident qu'aujourd'hui l'être humain vit dans l'excès (déplacements, nourriture, énergie, achats, déchets, etc.). Avant de vouloir réduire les impacts, il est encore mieux de les éviter. C'est le principe de la séquence ERC (éviter - réduire - compenser).

Il existe de nombreuses possibilités existantes et excitantes afin de réduire le recours à l'électricité. Des solutions simples et efficaces existent, notamment le travail avec le Soleil sans forcément avoir recours aux panneaux solaires, pour la cuisine par exemple. Rappelons que le Soleil est à la base de toute vie sur Terre et apporte une très grande quantité d'énergie. Certaines solutions nécessitent encore quelques approfondissements, qui sont en cours. Un bon moyen de trouver des solutions simples et frugales (faire mieux avec moins) est de recueillir les pratiques des pays dits en voie de développement.

Finalement, je ne crois pas à une solution unique miracle. Il faut un ensemble de solutions et une combinaison des différentes pratiques existantes et futures afin de gagner en résilience et afin d'éviter les inconvénients de chaque technique. Par exemple, recourir entièrement à la biomasse n'est pas viable car on n'aurait plus assez d'espace pour l'agriculture. Au lieu de cela, il est possible de combiner des solutions au niveau individuel ou communautaire (éolien, biomasse, solaire photovoltaïque et thermique) et plus global (éolien, solaire, hydraulique, biomasse) avec des moyens de stockage (batteries, STEP par exemple). Ainsi, en cas de manque de soleil, d'autres types d'énergie peuvent être utilisés. Quand on combine toutes les approches de cette section, il est possible que cela suffise sans avoir besoin d'avoir recours aux énergies fossiles ou nucléaire, même si je dois avouer que je n'ai pas (encore) étudié de manière quantitative la possibilité de fonctionner à 100 % aux énergies renouvelables.

Références

ADEME. (2016). Coûts des énergies renouvelables en France. https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/couts_energies_renouvelables_en_france_edition2016v1.pdf

ADEME. (2019). Bilans GES - Mode de production d'électricité [Base de données]. https://bilans-ges.ademe.fr/fr/basecarbone/donnees-consulter/choix-categorie/categorie/69

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Image : distelAPPArath. (2019). Centrale Nucléaire De Tour. Pixabay. https://pixabay.com/fr/photos/centrale-nucl%c3%a9aire-de-4535760/.

Groupes : Réflexions personnelles
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